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Confédération paysanne

Le site de la confédération paysanne a proposé cet article, avec une illustration monopolyenne.

Fruits et légumes monopoly paradoxal

Tous les pédagogues le savent : jouer est un excellent moyen d'apprendre et de comprendre. La partie de monopoly proposée est l'illustration d'un autre jeu : le qui-perd-gagne.

Règle du jeu numéro 1

  • Vous possédez une petite exploitation dégageant un bien petit revenu... o Vous décidez de tenter une diversification de vos productions par la création d'un atelier de fruits ou de légumes, dans le respect des zones naturelles de production propres à votre terroir...
  • Vous limitez le volume de votre nouvel atelier aux besoins nécessaires à la bonne marche de votre exploitation, dans un souci d'équité et de qualité de production...
  • N'ayant pas les moyens d'employer un salarié permanent, vous décidez de recourir principalement à la main d'ouvre familiale... Maintenant lancez les dés quatre fois de suite : une fois 1, puis trois fois 9, comme 1999. Là, ça démarre mal :
  • Vous ne passerez pas par la case "75 % d'abattement sur le travail occasionnel" puisque vous ne faites pas 50 % de votre chiffre d'affaire en fruits et légumes.
  • Vous ne passerez certainement pas non plus par la case "Aides aux producteurs spécialisés" pour la même raison (à moins que les Ddaf(1) n'aient pas tout distribué...).
  • Vous pourrez essayer de passer par la case "Adhésion à une O.P.(2)" si elle veut bien de vous, mais elle peut vous coûter plus que vous n'avez...
  • Enfin, si vous n'avez pu passer toutes les cases précédentes vous n'aurez donc pas droit aux aides conjoncturelles, certainement pas non plus à la prise en charge des intérêts d'emprunt moyen et long terme, ni au report de vos cotisation MSA(3). (Vous ne pourrez pas non plus acheter la rue de Varennes, c'est déjà fait...)
  • Pour sortir du jeu vous pouvez arracher vos plantations... gratuitement !

Règle du jeu numéro 2

  • Vous plantez toutes vos surfaces, en arbres fruitiers par exemple, vous achetez d'autres exploitations que vous plantez entièrement (tant pis pour les exploitations à taille humaine, pour la maîtrise des volumes mis en marché).
  • Vous vous endettez au maximum pour tous les investissements imaginables (on parlera plus tard de rembourser, il faut des amortissements pour diminuer le résultat imposable).
  • Vous adhérez à une O.P. pour la commercialisation de vos produits (vous produisez beaucoup trop pour vendre localement).
  • Vous placez l'argent gagné les quelques bonnes années, hors d'atteinte fiscale dans l'immobilier ou en actions Carrefour par exemple...
  • Vous créez des sociétés multiples (pour ne pas payer trop d'impôts) à capital limité (pour protéger vos capitaux). Lancez les dés : 1... 9... 9... 9. Aïe !
  • Vous allez devoir jeter la moitié de votre production et vendre le reste pour rien... Mais tout n'est perdu :
  • Vous pouvez avancer jusqu'à la case "Producteur spécialisé", puis à la case "Adhérent à une O.P." et sauter directement sur la case "Bilans déficitaires de fin de campagne" (il n'est pas conseillé de s'arrêter sur la case "Rentes immobilières").
  • Vous pouvez aller tout droit aux cases "Mesures de redressement des exploitations" qui vous rapportent chacune des dividendes : - échéancier MSA - allégement trésorerie, consolidation d'encours - aides structurelles
  • Bien sûr ces aides financières ne seront pas suffisantes pour permettre à tous retourner à la case "Départ", mais ça fait partie du jeu : les parts sont plus grosses quand il y a moins de joueurs !

N.B. : Les deux règles du jeu sont actuellement possibles et toujours en vigueur. Merci Monsieur le ministre de perpétuer la tradition d'un si noble jeu !

On peut tout de même s'interroger : Si la priorité ministérielle, si souvent répétée, était vraiment le maintien des petites et moyennes exploitations, pourquoi les exclure des aides par des critères si sélectifs ?

Vous demandez l'adhésion à une O.P. : Quels sont les niveaux de prix de vente pratiqués par les O.P. les années de surproduction ? A quoi bon adhérer à une O.P. qui se fait manger chaque saison par des grandes surfaces qui n'en finissent pas de se regrouper ? Vous aidez les producteurs spécialisés indistinctement, cautionnant ainsi les plantations spéculatives qui détruisent le fragile équilibre entre l'offre et la demande.

Vous exigez un audit préalable des exploitations, portera-t-il sur l'ensemble des sociétés détenues par certains exploitants ? Vous proposez une " aide forfaitaire maximum de 30 000 F, modulée en fonction du nombre d'UTH(4) sur l'exploitation, dans la limite de 4 UTH "... Mais vous rajoutez : " Pour les entreprises de toute taille qui le souhaitent et impérativement pour celles qui souhaitent une aide supérieure à l'aide de base, un engagement plus important de la programmation financière et technique pourra être proposé par la CDOA(5) ".

Donc, vous plafonnez l'aide... puis vous la déplafonnez, pour ceux qui ne souhaitent plus ! Comprenne qui pourra ! La Confédération paysanne a pourtant remis au ministère des propositions précises pour les aides d'urgence, orientées vers une pratique civique de notre métier par le respect de droits à produire, équitablement répartis... Cette crise sans précédent aurait pu être l'amorce d'une réforme essentielle, passant par la maîtrise des productions fruits et légumes, à moins que la sélection "naturelle" opérée cette saison chez les producteurs ne fasse partie d'un autre programme ?

François Sausse

(1)Direction départementale de l'agriculture et de la forêt.

(2)Organisation professionnelle.

(3)Mutualité sociale agricole.

(4)Unité de travail humain.

(5)Commission départementale d'orientation agricole.